La constitution : l’éléphant dans la pièce…

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Une campagne de 79 jours devrait laisser le temps aux chefs des principaux partis et à leurs candidats de s’exprimer sur le plus de sujets possibles. Et pourtant, il y a de ces sujets dont les chefs préféreront ne PAS parler. Je pense notamment au déséquilibre fiscal qui s’est accru au cours des dernières années. Ottawa engrangeant toujours plus de revenus mais s’ingérant dans la façon de le redistribuer aux provinces. En fait, le problème du déséquilibre fiscal est pire maintenant qu’il ne l’a jamais été.

Mais il y a un autre dossier que les chefs de parti pan-canadiens tiendront à éviter; celui de la constitution. Plus particulièrement celui de la place du Québec dans la constitution alors que le Canada s’apprête à célébrer le 150e anniversaire de « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 » que l’on a rebaptisé « Loi constitutionnelle de 1867 » sous Trudeau père en 1982. Le Canada se prépare un gros party pour l’occasion et comme d’habitude en ce pays, on n’est pas certain si le Québec, ce mouton noir de la famille, sera invité.

Le Québec n’a jamais signé la constitution de 1982, l’impasse demeure totale, et le problème pour les partis fédéralistes c’est que rien n’indique que cela ne sera réglé à temps pour la grande célébration. Pourtant, le premier ministre du Québec est le plus fédéraliste de l’histoire de la province, il s’est même dit prêt à signer la constitution sans consulter sa population, par simple approbation parlementaire (il est majoritaire, une formalité). Mais cela comporte des risques. Signer la constitution de cette façon se ferait sans aucune légitimité.

Il y a plus épineux encore. Les fédéralistes au Québec évoquent souvent que le mouvement indépendantiste est mort, que cette question est réglée, la population au Québec s’étant prononcée (non en 1980, match nul en 1995 résultat d’un arbitrage très douteux mettons, par analogie sportive). Ce que les fédéralistes disent moins, c’est que le Québec a aussi dit non à la reddition sans conditions au Canada (Charlottetown, Meech); ET que les Canadiens ont aussi offert un NON clair aux conditions minimales du Québec pour réintégrer la constitution.

Voilà pourquoi le dossier de la constitution est si explosif pour les politiciens fédéralistes au Québec.

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Imaginons le scénario suivant: Couillard décide de consulter la population du Québec afin de signer la constitution. Deux scénarios : il défend la position traditionnelle de son parti, les conditions minimales de Robert Bourassa (j’en doute, Couillard accepterait de signer la constitution pour beaucoup moins que cela); il sacrifie la position de son parti et propose une reddition sans conditions (la seule chose qui reste si on dilue la position traditionnelle du PLQ). Dans chaque cas, le risque est grand. Le PLQ pourrait bien imploser sur cette question, dans la population en général, pas certain que même la position de Robert Bourassa ne serait acceptée par plus de 50% des Québécois (la loi de la clarté de Dion s’appliquerait-elle?).

Ensuite, advenant un oui au Québec, on devrait normalement soumettre la question à une approbation des Canadiens. Autre écueil majeur car les récentes enquêtes sur la place du Québec au Canada montrent clairement que si on refaisait un Charlottetown II, les conditions minimales proposées par Québec seraient rejetées par un plus gros pourcentage que la première fois.

Bref, que les Canadiens ne sont pas enclin à ne faire quelque concession ou accommodement que ce soit pour accueillir le Québec dans son giron, sinon que la reddition simple et sans conditions. S’il fallait que le Canada se prononce encore contre tout accommodement pour permettre au Québec de réintégrer la constitution avec un infini minimum de dignité, ça en serait fini du Québec dans le Canada, point barre.

Si je suis au Bloc Québécois, je m’assure que l’on discute constitution. Je pose la question clairement aux chefs des autres partis : quelles sont vos conditions afin de permettre au Québec de réintégrer la constitution. Allez-vous consulter la population? Inévitablement, le PM du Québec s’en trouverait imparti, il devrait lui aussi se prononcer.

Et je n’ai même pas encore élaboré sur la propagande fédérale, ce révisionnisme historique honteux, lié aux « célébrations des Pères de la Confédération ». Doit-on revenir sur ce que pensait John A Macdonald des francophones? Ou des magouilles infectes d’Alexander Galt? Et ce mot « confédération »… qui peut encore prétendre que le Canada est une « confédération »?

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Une réflexion sur “La constitution : l’éléphant dans la pièce…

  1. Il y a une petite coquille dans votre texte. C’est le 150e que le Canada commémorera en 2017, pas le 350e! 150 ans c’est déjà trop long pour le Québec…

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