Si les Verts ne contestent pas l’hégémonie des pétrolières au Canada, qui le fera?

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Un thème est en train de s’imposer dans le cadre de la campagne électorale en cours, celui de l’exploitation pétrolière, des pipelines, du transport du pétrole. C’est une bonne chose, composante fondamentale de l’échafaudage économique du Canada. Sous Harper, les pétrolières sont devenues, sans l’ombre d’un doute, la locomotive économique du pays. Avec les dangers sous-jacents à une économie qui souffre de l’absence de diversification.

Une conséquence de ce paradigme imposé par Harper au cours de la dernière décennie? Il semble bien que tous les partis qui aspirent à occuper une place à la chambre des communes soient tenus de ne pas remettre en question cette exploitation pourtant controversée et décriée partout ailleurs sur la planète (Lire cet excellent texte de Margaret Wente dans le Globe & Mail sur le sujet). La candidate vedette du NPD dans Toronto-Centre Linda McQuaig l’a appris rapidement quand elle a osé reprendre une promesse de Jack Layton de 2008, soit une pause (un moratoire, un ralentissement…) dans l’exploitation des sables bitumineux afin de permettre au Canada d’atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre.

La réponse du chef Mulcair fut rapide et sans appel. (Un genre de « Ta yeule Linda! »)

Les Verts vacillent comme les autres devant les gains électoraux possibles…

Voilà à quoi j’ai pensé en lisant l’explication de JiCi Lauzon sur les raisons qui l’ont poussé à se joindre au parti Vert du Canada. Lui, un ancien indépendantiste pour qui la cause n’importe plus. Que l’environnement. Comme si se donner les pleins pouvoirs en tant qu’état n’avait aucune incidence sur les décisions environnementales…

Et pourtant, dans les jours qui ont suivi sa bonne performance au premier débat des chefs en anglais, Elizabeth May s’est trouvée une place de choix dans la couverture médiatique. Bien des observateurs lui ont d’ailleurs décerné la première étoile dans ce débat.

Le lendemain de ce débat, May fut questionnée sur l’épineux dossier de l’exploitation des sables bitumineux. Sa réponse à de quoi faire réfléchir… On se serait attendu que la leader des Verts soit plus incisive dans ce dossier.

« The leader of Canada’s small Green Party, which has a long-shot chance of holding the balance of power after the country’s Oct. 19 election, said on Friday she does not favor shutting down the Alberta oil sands, a favorite target of environmentalists.

Elizabeth May, fresh from a praised performance in the opening election debate on Thursday, said her party instead wants the energy industry to upgrade bitumen from the sands at home rather than shipping it raw to be refined abroad. « We need to be smart about this and none of the smart answers say you must shut down the oil sands today, »

Loin de prôner un moratoire ou une diminution de la production des sables bitumineux, Elizabeth May plaide plutôt pour que cette exploitation serve les besoins nationaux au Canada. Bref, drill baby drill, mais consommons le pétrole chez nous.

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Ce qui est intéressant dans l’article de Reuters cité ici c’est que forte de sa prestation au premier débat, voilà que la cheffe des Verts est vue comme potentielle « KingMaker ». Dans un parlement minoritaire, et c’est la possibilité la plus probable en ce moment, celui qui pourrait détenir la balance du pouvoir. Dans ce contexte, May n’agit plus comme cheffe de parti d’une formation sans importance, marginale, sympathique mais sans trop de réel influence à la chambre des communes. Son opinion sur un sujet comme celui du moteur de l’économie canadienne importe!

Comme tout parti qui veut occuper une place d’importance au parlement d’Ottawa, May a donc fait savoir à l’industrie pétrolière que la « méchante cheffe des Verts, des environnementalistes », n’allait pas s’opposer à l’exploitation pétrolière. Du moins pas de façon militante. Si on consulte le verbatim du débat Maclean’s, on constate que Elizabeth May affirme « s’opposer à tous les pipelines tant que ceux-ci sont destinés à l’exportation ».

Alors quand Jici Lauzon argue que « l’importance c’est pas l’indépendance, c’est l’environnement », j’ai envie de lui répondre que tant qu’il agira dans l’enceinte parlementaire canadienne, il sera soumis aux diktats de ceux qui y ont le plus d’importance. Et dans ce Canada, ce sont les pétrolières, les banques, les minières, et dans chaque cas, il s’agit de compétences exclusivement fédérales.

Un Québec indépendant n’y trouverait-il pas son compte de pouvoir agir en fonction de ses propres intérêts dans ces domaines névralgiques?

Si le parti Vert n’est pas celui qui s’imposera justement en s’opposant avec véhémence à l’hégémonie des pétrolières au Canada, qui le fera?

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