La revanche du « niqab »…

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Combien de fois avez-vous lu sur facebook, sur twitter, certains de vos contacts qui se désolaient que l’on n’accorde autant d’importance au « niqab » en campagne électorale au détriment de 100 autres sujets plus importants.

Franchement! le niqab! Pas rapport de parler de ça. Une machination de Harper (ce qui est vrai), pour attiser la division. Ceux qui s’attardent à ça sont des « identitaires xénophobes », des « nationalistes de droite Harper-Bloc », etc.

Et ainsi de suite. Combien d’ardents militants du NPD ai-je vu sacrer, rager, se désoler de voir ainsi leur chef Mulcair péricliter dans les sondages et tout ça « uniquement à cause du niqab » à les entendre… Qu’un politicien opportuniste de droite investisse un parti de gauche à coup de mensonges et de contradictions n’aurait rien à y voir apparemment.

Par la plus ridicule des contradictions, que voit-on depuis trois ou quatre jours? Que constate-t-on au cours des dernières heures plus particulièrement? Ceux-là même qui se lamentaient qu’on ose même évoquer le dossier du niqab sont ceux qui ne peuvent plus s’empêcher d’en parler. Non. Les statuts pleuvent, toute la gauche bien-pensante qui s’indignait à l’évocation même du mot ne peut plus s’empêcher d’en parler.

Chacun pond sont statut pour dire son mépris de ceux qui ont osé « instrumentaliser le niqab ». Ah. C’est drôle, mais au cours des derniers jours, si on jase niqab, c’est beaucoup plus à cause du NPD qui se disloque sur la question au prix de dissidences qui s’expriment, de candidats qui contredisent leur chef. Si on jase encore niqab, c’est aussi beaucoup parce que le chef Mulcair fait tout pour sauver la face -et les meubles- et qu’il tient absolument à en discuter dès qu’on lui tend un micro, afin de « préciser sa position ».

Ça tombe juste bien d’ailleurs que cette « précision » de Mulcair sur la question s’insère dans le bloc nouvelle de la radio d’état qui prend bien soin de rappeler à la populace qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter… « Seulement deux femmes ». Un faux-débat voyons.

Un faux-débat que l’on étire depuis 4 jours. Car selon ceux qui se sont tant désolés que leur chef « périsse à cause du niqab », la meilleure façon de le réhabiliter serait de « ré-insrtrumentaliser » le débat sur le niqab mais du point de vue du nombre.

« Seulement deux femmes ».

Comme il n’y aurait que deux cas recensés de femmes qui ont refusé de retirer leur niqab lors d’une cérémonie de citoyenneté, la meilleure façon de réparer les pots cassés c’est d’étirer la sauce pour montrer aux méchants imbéciles heureux qui sont tombés dans le panneau de déserter leur chef que « youuuuhouuuu! ça n’avait pas rapport finalement! On efface tout! »

Souvent, ce sont les mêmes qui discartent d’emblée le Bloc Québécois car les « indépendantistes refusent de se questionner, de procéder à une sérieuse introspection ». Jamais cependant ceux-ci n’admettront que si leur chef est en chute libre c’est avant tout une question de crédibilité dans laquelle le niqab a joué un rôle, certes, mais qui s’ajoutait au reste. Comment un politicien pouvait-il s’imaginer que mentir autant en pleine campagne électorale pourrait passer inaperçu?

Admettre ça? Jamais!

Plutôt l’argumentaire kafkaïen du nombre. Y’en a que deux. Une simple façon de s’habiller. Qui sommes-nous pour juger de ce qu’une femme porte. Ça te dérange le niqab? T’es un identitaire xénophobe!

Christian Dufour (qu’on peut difficilement qualifier de sympathisants bloquiste) du Journal de Montréal a servi un jab à ceux qui souhaitent tout expliquer par l’argument du nombre en évacuant complètement le symbole…

« Les conservateurs ont réussi quelque chose de fort et d’important dans cette affaire. Quelque chose qui n’est pas qu’une distraction par rapport aux vrais enjeux intéressant les Canadiens, car cela touche au cœur de leur identité et de leurs valeurs.

Stephen Harper vous a obligé à reconnaître que vous vous refusiez à mettre quelque limite que ce soit au multiculturalisme canadien, même quand ce dernier offense le bon sens le plus élémentaire. Car faut-il vous rappeler, M. Mulcair, qu’il est question ici d’une CÉRÉMONIE citoyenne canadienne?

Comme M. Trudeau, vous ne nous parlez ici que de tolérance, de droits individuels et de charte; vous semblez adhérer à l’idée que le multiculturalisme à la canadienne serait littéralement sans limites.

Symbole d’obscurantisme

Lors d’un événement essentiellement symbolique, vous acceptez que le Canada s’incline devant ce symbole d’obscurantisme qu’est le niqab.

À qui ferez-vous croire que tenir à rester intégralement voilé lors de la cérémonie où on devient Canadien est un droit fondamental et non pas un caprice identitaire, une provocation irrespectueuse des valeurs canadiennes et québécoises les plus profondes? »

Car chaque fois, ceux qui veulent « ré-instrumentaliser » le débat sur le niqab à partir de l’argumentaire en fonction d’un contexte et du nombre très précis refuseront (ou n’admettront pas) de discuter de la symbolique du niqab. Non. Qu’une façon de s’habiller. Pas de nos affaires.

Christian Dufour voit juste; un tel raisonnement heurte avant tout car c’est l’admission que le multiculturalisme à la canadienne selon ces gens est sans limites. Aucune. Et c’est ici que ce débat devient essentiel. Tant qu’à jaser niqab, autant le faire sur le fond. Que le NPD et les Libéraux nous expliquent pourquoi leur conception du multiculturalisme est sans limite. Je l’ai écrit ici, Boulerice et Mourani, lors d’entrevues sur le sujet, ne convaincront personne par leur argumentaire fondé essentiellement sur le « vêtement ».

À cet argument, le pourfendeur d’intégristes religieux Tarek Fatah offre une réponse cinglante: « Le niqab est l’étendard de l’islamisme« . Texte écrit en mars dernier alors que le Canada anglais se questionnait sur la question du niqab justement. Fatah a des mots très durs pour ces politiciens qui se font défenseurs du niqab.

« Trudeau’s recent championing of the niqab as a basic human right has aided Islamism in Canada and undermined millions of liberal Muslims around the world. » (En se faisant grand défenseur du niqab, Justin Trudeau encourage l’islamisme au Canada et unit à des millions de musulmans modérés dans le monde).

Fatah explique que sa propre mère s’est débarrassée du niqab en 1946 au prix d’une lutte difficile, déchirante.

Raheel Raza, présidente du Council for muslims facing tomorrow, musulmane modérée et féministe abonde dans le même sens. Elle se désole de voir qu’au Canada, de plus en plus de femme s’emmurent dans ces prisons de tissu que sont niqab.

« In the 25 years I have called Canada home, I have seen a steady rise of Muslim women being strangled in the pernicious black tent that is passed off to naïve and guilt-ridden white, mainstream Canadians as an essential Islamic practice.

The niqab and burka have nothing to do with Islam.

They’re the political flags of the Muslim Brotherhood, ISIS, the Taliban, al-Qaida and Saudi Arabia. »

Ah. L’Arabie Saoudite. Notre allié, tel que le mentionnait Harper lors du débat en français lorsque pressé de questions par Gilles Duceppe sur l’indécence des contrats d’armement qui lient le Canada à cet état pétrolifère barbare. En ça, le jeu de Harper est hypocrite. S’il s’inquiétait autant du sort des femmes qui portent le niqab, il ne ferait pas des Saoudiens des alliés.

Voilà pourquoi l’argument du nombre et du contexte très restreint, « ré-instrumentalisé » par ceux qui tentent uniquement de sauver la face, et sauver la mise pour le parti qu’ils défendent, ne tient pas la route. Le prochain gouvernement aura à légiférer sur ces délicates questions. La Cour suprême sera presque assurément saisie elle aussi de ce dossier. N’est-il pas, dès lors, pertinent de connaître les positions de chacun des partis, des chefs, de leurs candidats, sur la portée du multiculturalisme?Doit-il être sans limite? Dans cette logique donc, le niqab ne serait qu’un simple morceau de tissu, un vêtement banal?  Si c’est le cas, que les chefs Mulcair et Trudeau le disent franchement. La population pourra au moins savoir à quoi s’attendre d’eux quand cette question sera encore débattue. De débattre, sur le fond, sur la nature, la pertinence du multiculturalisme canadien, voilà la dernière chose dont les militants du NPD de Mulcair au Québec aimeraient parler.

Plutôt confondre et réduire le tout au plus petit dénominateur sémantique possible, un tout petit chiffre sans importance : deux.

La colère de la « gauche inclusive »…

Le très
Le très « inclusif » Jean Barbe a décidé d’exclure tous les bloquistes présumés de son fil Facebook…

Au cours des dernières heures, sur les réseaux sociaux, certaines voix qui se réclament de la gauche « inclusive » laissent paraître leur colère devant l’affaissement des appuis du NPD dans le Canada anglais et plus spécifiquement au Québec.

Un échange hallucinant entre le militant indépendantiste Carl Boileau et le chroniqueur « inclusif » Jean Barbe, qui en appelle à voter NPD, s’est terminé abruptement. Un échange pourtant corsé, mais respectueux. Boileau en appelle à voter Bloc Québécois, Barbe réplique que c’est à cause des « méchants nationalistes identitaires » du Bloc que le NPD coule, racistes, xénophobes, niqab, etc. La poutine de fort mauvais goût habituelle quoi.

Je côtoie nombre de militants « inclusifs » sur les réseaux sociaux et on sent bien la colère qui les animent devant les déboires du NPD. On le comprendra. Là où le bât blesse, c’est que à l’unanimité, ces derniers accusent le niqab, le Bloc Québécois, les Conservateurs, les « nationalistes identitaires xénophobes » pour la chute de Mulcair dans les sondages et sa campagne qui déraille complètement.

Rétropédalons.

Mulcair a amorcé sa descente dans le Canada-anglais bien avant que le niqab s’invite dans la campagne. J’ai beaucoup écrit sur les erreurs de Mulcair que l’on a beaucoup rapporté dans les médias du Rest of Canada. Quand un chef de parti national se pointe à Vancouver devant les médias régionaux et nationaux et clame devant une foule médusée que la ville la plus importante du Canada c’est Toronto; difficile de blâmer les autres quand le lendemain, le chef se fait planter. Voilà une erreur de novice quand on connaît la susceptibilité des gens de l’ouest concernant l’influence trop grande dans le Canada des villes de l’est du pays.

De la même façon, difficile de blâmer les autres quand le passé très contradictoire de Mulcair est coulé aux médias pour l’embêter par des adversaires politique que le chef du NPD s’est fait parmi son ancienne formation politique. Plus d’une fois d’anciens collègues de Mulcair au parti Libéral du Québec ont tenu à corriger les mensonges ou contradictions avancées par le chef du NPD sur son passage de ministre au sein du PLQ. Mulcair a menti sur son rôle dans le dossier Orford, sur son appui à la privatisation de l’eau, sur sa participation au love-in lors du référendum de 1995. Chaque fois, d’anciens alliés l’ont contredit, preuves à l’appui.

Difficile de blâmer les autres quand Mulcair est placé devant ses contradictions des positions de son parti concernant les pipelines. Les médias se sont penchés sur ses discours passés et présents et en conclu que le chef du NPD disait une chose et son contraire en fonction de l’électorat qu’il courtisait.

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Avant de blâmer les « Bloquistes xénophobes », la gauche inclusive devrait lire un peu ce que l’on dit de la campagne de « Tom » Mulcair dans le Canada anglais. La position du NPD sur le multiculturalisme a nui au parti en ce qu’elle est en profond décalage avec l’opinion des Canadiens et des Québécois, pas de doute.

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Mais quand on lit le texte dur, lucide, du chroniqueur Lawrence Martin dans le Globe & Mail qui annonce que les carottes sont cuites pour le NPD dans cette course à trois, ce n’est pas le « niqab » qui explique seul la déconfiture du NPD. Loin s’en faut.

Pas de niqab dans son analyse… Ou si peu.

« No guts, no glory, the old saying goes. You gotta takes risks. Sit on a lead in the third period, watch the lead disappear.

Same thing in politics, as Thomas Mulcair and the NDP are learning now.

They’ve been serving up Pablum. Almost 70 per cent of voters say they want change. But on economic policy, the Orange Wave has come at them waving white handkerchiefs, surrendering to the mushy middle.

With victory in sight, they got cold feet. The party that once promised an overhaul of the capitalist system brought in an economic playbook that might well be titled, “Let’s Scale The Smallest Mountains.”

Reading it is like watching toenails grow. Stay the course on Conservative budgeting; no big stimulus package; raise the minimum wage for only a minimal portion of the population; no new taxes on the sumptuously rich. »

Ce qui a coulé le NPD selon Martin? Son absence complète d’audace, le fait que Mulcair a abandonné complètement le fondement progressiste du parti pour se positionner dans le « marasme du centre », sans ambition. « Il a joué la trappe et a vu son avance fondre jusqu’à la défaite ».

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Le NPD vient-il de bousiller sa plus belle chance de prendre le pouvoir au fédéral depuis sa fondation?

Dans un autre texte percutant cette fois de l’analyste politique Greg Lyle, encore une fois peu de niqab pour expliquer la déconfiture du NPD de « Tom » Mulcair. Encore une fois, l’analyste pointe plutôt vers la traversin idéologique opérée par Mulcair au NPD.

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Ce passage de Lyle est percutant :

« The Trudeau Liberals are doing to Tom Mulcair what the Wynne Liberals in Ontario did to Andrea Horwath: gaining ground among people who share left and centre-left values.The Liberals have gained seven points among the Core Left, 11 points among Left Liberals and seven points among Business Liberals. This makes a lot of sense when you think about what the Liberals have been saying on issues like deficit, stimulus and immediate increases in social programs. »

Ah? Pas de niqab ici. D’où vient la saignée du NPD dans les sondages et dans leurs appuis avoués? Là où ça compte le plus, au sein de segment de l’électorat habituellement conquis par le NPD, plus à gauche. Pourtant, dès le début de la campagne, des militants néodémocrates influents comme Janice MacKinnon, docteur et professeur en politiques publiques de l’Université de la Saskatchewan et ex ministre NPD dans sa province dans le gouvernement de Roy Romanow ont mis en garde le chef Mulcair de ne pas s’aliéner sa base militante de gauche…

Voilà le type d’introspection que la « gauche inclusive » refuse obstinément de faire. Plus facile de blâmer les autres, plus facile de blâmer le niqab. Il faisait pourtant encore plus de 33 degrés en aout quand les médias ont commencé à se moquer, à critiquer le virage à droite que Mulcair imposait au NPD. À Toronto, dès lors on a questionné ce repositionnement idéologique surprenant. Plus la campagne avançait, plus on s,est intéressé aux propositions du NPD; en économie notamment où Mulcair a décidé de proposer un plan qui se rapprochait beaucoup plus des positions des Conservateurs que de la tradition néodémocrate.

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Les médias du Canada-anglais ont fait leurs choux gras du rififi entre Mulcair et sa candidate vedette dans Toronto-Centre, la progressiste journaliste Linda McQuaig que le chef a dû ramener à l’ordre chaque fois qu’elle a osé défendre des positions traditionnelles du NPD qui figuraient dans la plateforme électorale de ce parti quand il était mené par Jack Layton. On parle ici de hausser l’imposition des plus riches et de ralentir la production (voire même un moratoire) sur l’exploitation des sables bitumineux pour permettre au Canada de respecter ses engagements en matière de lutte aux changements climatiques. Chaque fois le chef Mulcair a imposer à sa candidate de se rétracter.

Le NPD continue d'appuyer un candidat aux positions très controversées, contre le mariage gay, contre l'avortement...
Le NPD continue d’appuyer un candidat aux positions très controversées, contre le mariage gay, contre l’avortement…

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La gauche inclusive a été fort silencieuse quand les médias nationaux ont rapporté que le NPD s’accommodait des positions rétrogrades d’un « pasteur catholique de la communauté Tamil » anti mariage du même sexe, anti avortement, et dont l’opinion sur les gay est condamnable, au mieux. Est-ce parce que ce « pasteur » est très influent au sein de sa collectivité? Le NPD a réitéré son appui à ce candidat gênant. Dire que ce candidat use de l’image de Jack Layton dans sa publicité de campagne…

Bref, la « gauche inclusive » peut bien blâmer tout le monde et surtout sa cible favorite, les indépendantistes qui sont restés fidèles au Bloc Québécois, et pourtant l’artisan premier de la déconfiture à laquelle on assiste présentement au NPD demeure le NPD lui-même et au premier rang son chef. Dommage que l’on doive se tourner vers les médias anglophones pour trouver des analyses lucides de la situation.

Pas facile cependant pour des gens qui se disent de « gauche » d’admettre que le parti qu’ils appuient est, selon toute vraisemblance, conduit à la défaite par un politicien opportuniste de droite avec qui ils n’ont de commun que l’appui inconditionnel à l’application la plus radicale du multiculturalisme canadien; lui même en décalage avec l’écrasante majorité des Canadiens et des Québécois…

Le fantôme de Jack Layton pour sauver le NPD de « Tom »…

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Mulcair devrait avoir honte de ressortir le souvenir de Jack Layton dans ses pubs partisanes…

Quand la journaliste et écrivaine et candidate vedette du NPD dans Toronto-Centre Linda McQuaig a défendu un des éléments phares du programme du NPD mené par Jack Layton, soit la hausse de l’imposition des plus riches, Mulcair, en colère, a imposé à sa candidate de se rétracter.

Le NPD de Mulcair n’est pas celui de Layton.

Quand la même candidate McQuaig a défendu une autre proposition chère à Jack Layton et inscrite dans le programme électoral du NPD qu’il dirigeait , soit le ralentissement, voire même un moratoire, sur l’exploitation des sables bitumineux afin de permettre au Canada de répondre à ses exigences de lutte aux changements climatiques; encore, Mulcair a exigé que la candidate se rétracte.

Le NPD de Mulcair ne serait définitivement pas celui de Jack Layton.

Le NPD continue d'appuyer un candidat aux positions très controversées, contre le mariage gay, contre l'avortement...
Le NPD continue d’appuyer un candidat aux positions très controversées, contre le mariage gay, contre l’avortement…

Quand un pasteur de la région de Toronto et candidat du NPD, le Rev. K.M. Shanthikumar, dont les prêches condamnent le mariage du même sexe, l’avortement et dont les opinions anti-gay sont connues, a décidé de faire usage de l’image de Jack Layton en pub partisane, le chef Mulcair est-il intervenu?

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Qu’un tel « pasteur chrétien » aux idées de la droite réactionnaire tente de se faire élire à l’ombre de la mémoire et de l’image de Jack Layton a quelque chose de dérangeant.

Voilà où en est le NPD de « Tom » Mulcair.

Après avoir imposé le silence aux candidats du NPD qui osaient critiquer les agissements d’Israël à Gaza l’an dernier, après avoir imposé le silence aux candidats qui défendaient des idées longuement associées au parti de Jack Layton, voilà maintenant que Mulcair lui-même ramène le fantôme de Jack Layton.

Voilà qui fera sourciller (sinon enrager) quelques militants et candidats qui doivent s’ennuyer de Jack Layton justement quand on leur impose, par exemple, de défendre le « win-win-win » de Énergie Est au Québec…

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Mais le NPD de Mulcair s’enlise, il cale. Dans les cercles politiques des analystes du ROC on commence déjà à se demander si le NPD n’a pas rater sa plus belle chance depuis sa fondation de prendre le pouvoir. Dans un campagne plus conventionnelle de 37 jours, Mulcair aurait été en meilleure posture; mais plus le jours avancent, plus le chef du NPD est placé devant ses contradictions, ses mensonges. Ses adversaires en profitent pour tailler en pièces sa crédibilité de chef qui puisse aspirer au rang de premier ministre.

Ramener la mémoire de Jack Layton à ce stade ci n’y changera rien. Le mal est fait. Mulcair s’est employé à recentrer le NPD jusqu’à le positionner à droite des libéraux de Trudeau, une erreur coûteuse. Le chef du NPD traîne déjà l’image d’un politicien qui dit une chose et son contraire, il est trop tard maintenant pour revenir à l’essentiel des propositions du NPD qu’incarnait l’ancien chef. Et tenter de coller l’image de Layton au NPD de Mulcair ne risque d’empirer les choses…

« Qu’est-ce qu’on peut faire pour que mon papa cesse d’être obligé d’aller travailler dans l’Ouest? »

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Le réputé columnist du National Post John Iveson se promène partout dans le Canada afin de couvrir certains angles moins connus, discutés lors de la campagne électorale actuelle. Récemment, il se trouvait dans les Maritimes où le parti Libéral de Justin Trudeau caracole dans les sondages.

Depuis longtemps, cette partie du Canada est un fier du PLC bien que certains endroits ont des traditions plus Conservatrices. Peter Mackay, l’ancien chef des Progressistes-Conservateurs et ministre influent sous Stephen Harper est l’un de ses « Bleus » qui ne craignait jamais vraiment sa réélection.

10 sièges Conservateurs en danger dans les Maritimes…

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Voilà qui est de moins en moins vrai. Iveson rapporte, selon son analyse des données locales, que 10 sièges Conservateurs seraient en danger dans les Maritimes, dont celui de Mackay, Center-Nova qui sera désormais représenté par un employé de longue date des Conservateurs Fred DeLorey; l’ex ministre Conservateur ayant décidé de quitter la politique active. Ce sera la première fois que ce comté ne sera pas représenté par un Mackay depuis près de 45 ans, le père de Peter Mackay, Elmer Mackay ayant été élu député chaque fois dans ce comté depuis 1968, hormis un hiatus de 4 ans en 1993 et quelques mois en 1983 ce qui permettait à Brian Mulroney d’accéder à la Chambre des Communes via un comté « sûr ».

Enjeux locaux, enjeux nationaux

Certains dossiers risquent de faire très mal aux candidats Conservateurs et le journaliste Iveson a pu le vérifier sur place. Au premier chef, les changements apportés par le gouvernement Harper aux conditions d’accès à l’assurance emploi sont décriés même dans la base conservatrice. Un marché de l’emploi souvent tributaire des impératifs saisonniers, la pêche, le tourisme, fait en sorte que trop de travailleurs des Maritimes ne réussissent plus à se qualifier à l’assurance emploi, les plongeant ainsi dans le cercle vicieux de la précarité.

En conséquence note Iveson, beaucoup de jeunes des Maritimes sont forcés de s’exiler, certains quittent pour de bon, d’autres embarquent dans le cycle du travail extérieur de type « fly in-fly-out ». Alors que le journaliste se trouvait dans un magasin d’alimentation avec la candidate libérale Bernadette Jordan dans le comté de South-Shore- St-Margaret, une jeune fille s’est approchée de la candidate afin de lui demander si elle pouvait faire quelque chose pour éviter que son père continue de travailler loin de la maison, dans l’ouest. La faiblesse du marché du travail dans cette partie du Canada force beaucoup de gens à voyager de longues heures, loin de chez eux, pour joindre les deux bouts.

Un autre dossier qui ternit le bilan Conservateur, la diminution des transferts en santé qui se traduira par des coupures de services que la population impute au gouvernement central. Les coffres du fédéral débordent et les provinces sont assujetties aux choix politiques des Conservateurs au détriment des besoins de la population locale. « La diminution des transferts en santé aux provinces ne peut que se faire au détriment des services » note une citoyenne inquiète rencontrée par le journaliste.

Électorat volatile…

À micros fermés, des stratèges Conservateurs admettent qu’ils seront chanceux de conserver la moitié de leur 13 sièges dans les Maritimes. Il existe bien un vieux fond « Bleu » mais la volonté de changement, du « tout sauf Stephen Harper » est très forte dans l’est du Canada. Les candidats Conservateurs le constatent en faisant campagne.

Aussi, il faut bien admettre que bien des électeurs Conservateurs dans les Maritimes sont issus de la mouvance « Red Tories », des citoyens qui étaient plus à l’aise sous les Progressistes-Conservateurs que le parti de Stephen Harper, plus à droite. En ce sens, Libéraux et NPD savent que des gains sont possibles auprès de cet électorat.

À condition que la division du vote non Conservateur ne profite pas aux « Bleus »… Car ici comme ailleurs, il subsiste une base Conservatrice qui ne bougera pas; peut-être juste assez pour sauver un comté ou deux de plus. Ce sur quoi comptent les stratèges rencontrés par John Iveson.

Duceppe a gagné le débat selon les chroniqueurs du Canada anglais… Beaucoup moins au Québec!

Photo du site ipolitics.ca
Photo du site ipolitics.ca

Le débat des chef en français n’a pas déçu. Vrai, il y a eu des longueurs, vrai qu’il y a eu des moments cacophoniques, vrai qu’il y a eu un peu de cynisme, mais l’exercice a été fort instructif. Tout aussi important que le débat lui-même pour les chefs cependant, l’analyse qu’en font les ténors du commentariat politique au Québec et au Canada.

Depuis le début de la campagne électorale, le Bloc Québécois a été victime de pas mal de mauvaise foi et cela se poursuivra aujourd’hui, manifestement. Du moins certains s’acharnent-ils à tout faire pour nuire au Bloc, au prix de la mauvaise foi s’il le faut. D’ailleurs, on remarque une dissonance révélatrice dans l’analyse de ce débat selon qu’on se documente dans la presse du Canada anglais versus certains groupes de presse ouvertement hostiles au Bloc Québécois au Québec. On lire d’ailleurs l’analyse de Tasha Kheiriddin pour avoir une idée du ton dans le Canada anglais.

Disséquer la mauvaise foi…

Les analyses de perception faites pendant le débat, les commentaires de journalistes en cours de débat ont montré que Gilles Duceppe a marqué beaucoup de point lors de la soirée d’hier. En ce sens, l’analyse de Kheiriddin résume bien la perception générale de la performance de Gilles Duceppe :

« The winner, from a debating perspective, was Gilles Duceppe. The Bloc leader ran rhetorical circles around his opponents, fully at ease, benefitting from political experience and the fact that French is his first language. He effortlessly tossed out quips and one-liners — accusing Tom Mulcair of saying one thing in Calgary and another in Quebec on the environment, asking the NDP leader at one point, “Does Tom speak to Thomas?”

« Le chef du Bloc a réussi à mettre ses adversaires dans sa poche arrière par ses envolées rhétoriques et la clarté de son discours » analyse Kheiriddin. Vrai que Duceppe a réussi à ébranler Mulcair en braquant les projecteurs sur le double discours du chef du NPD en fonction de l’auditoire à qui il s’adresse. Trudeau l’a aussi attaqué là dessus et cette perception s’est installée dans la population en général ce qui est très dommageable pour Mulcair.

Plus encore, ce que je retiens du débat pour Duceppe c’est qu’il a réussi à contribuer à l’exercice par un contenu pertinent. Il y avait 1500 agriculteurs québécois devant la grande tour de Radio-Canada qui manifestaient avant le débat d’hier pour faire savoir aux chefs de parti que la gestion de l’offre est capitale pour eux. N’eut été de Gilles Duceppe, qui aurait été leur voix dans ce débat? On comprendra qu’aucun des chefs du « bloc canadian » ne se soucient d’eux quand la gestion de l’ogre est sur la table des négociations dans le cadre de traité Asie-Pacifique en échange de plus de marché pour les producteurs de boeuf de l’ouest! Cette intervention de Duceppe est un microcosme probant du rôle du Bloc à Ottawa quand les intérêts du Québec divergent de ceux du Canada. N’allez pas compter sur le NPD pour s’opposer aux intérêts des agriculteurs de l’ouest.

De la même façon je salue la contribution de Duceppe qui, avec Elizabeth May, a remis en cause l’hégémonie de l’Office national de l’énergie du Canada qui est moins un chien de garde pour la population quand vient le temps d’approuver les projets pétroliers qu’une agence de promotion des pétrolières. L’ONÉ n’a jamais refusé un seul projet pétrolier. Bravo à May et Duceppe de l’avoir rappelé. Aussi, Duceppe a bien fait de critiquer les indécents avantages fiscaux des pétrolières et des banques. Le chef du Bloc a réussi à ébranler le PM sortant Harper -ce n’est pas rien!- par sa question sur la vente d’arme à l’Arabie Saoudite. Beaucoup d’adversaire du Bloc sur les réseaux sociaux ont salué son insistance tant ce dossier est controversé.

À la lumière de cette performance, comment ne pas être dégoûté de l’analyse, par exemple, de Chantal Hébert au micro d’Alain Gravel ce matin. Selon la chroniqueure, le Bloc n’avait rien à amener au débat. Que répondre devant tant de mauvaise foi?

Selon Chantal Hébert, Gilles Duceppe n'avait rien à amener au débat des Chefs...
Selon Chantal Hébert, Gilles Duceppe n’avait rien à amener au débat des Chefs…

Mention déshonorable aussi à Michel C. Auger qui a bien tenté d’attaquer Gilles Duceppe en cours de débat sur le dossier constitutionnel avant de se faire corriger par l’éditorialiste du Devoir -et spécialiste des questions constitutionnelles- Antoine Robitaille. Un peu embarrassant pour l’animateur de Midi info. Sans surprises, Michel C. Auger voyait Mulcair comme l’un des vainqueurs de ce débat (pour sa capacité à encaisser les coups!). Un autre chroniqueur hostile au Bloc Québécois donne Mulcair vainqueur pour la clarté de ses positions!; il s’agit de J-J Samson dans le Journal de Montréal. Si Samson s’était donné la peine de suivre le débat sur la webdiffusion de Radio-Canada, il saurait ce matin que certains des arguments qu’il crédite à Mulcair ce matin (comme la perte de 400 000 emplois) son faux. Merci à L’épreuve des faits en direct qui réfutait ce type de chiffres erronés. Bref, ce type d’analyse procède de la volonté manifeste d’enterrer le Bloc Québécois ou du moins de contribuer à ce que la campagne du Bloc ne lève surtout pas.

Michel C. Auger corrigé par Antoine Robitaille du Devoir.
Michel C. Auger corrigé par Antoine Robitaille du Devoir.

En passant, on ne trouve pas beaucoup de traces d’un « Mulcair vainqueur » du débat dans la presse du Canada anglais. Au mieux, certains donnent Mulcair à égalité avec Trudeau, le chef à qui il devait prendre du terrain…

Difficile de trouver un
Difficile de trouver un « Mulcair vainqueur » dans le Canada anglais.

Ce matin à l’antenne du micro de Philippe Marcoux de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, la journaliste Manon Cornellier du Devoir plaçait Trudeau parmi les perdants de ce débat. Elle se disait agacée par le ton, par le texte scripté, par le fait que Trudeau par moments ne s’adressait pas à l’auditoire Québécois ou francophone du débat mais bien à sa base. C’était à prévoir car ce débat a beaucoup été suivi dans le Canada anglais. C’est déplorable que le Canada ait été privé de ce type de débat.

Personnellement, je ne crois pas que Trudeau se soit fait de mal par ce débat, bien au contraire. Il a ébranlé « Tom » Mulcair plus d’une fois en rappelant ses nombreuses contradictions comme parlementaire libéral à l’Assemblée nationale du Québec, sur le dossier de la privatisation de l’eau par exemple. Pour se sortir de l’impasse, encore une fois Mulcair a menti effrontément. J »ai noté trois occurrences précises sur mon fil twitter en cours de débat hier où le Angry Tom a refait surface, chaque fois car il était coincé dans l’une de ses contradictions mensongères. Pour ça, Trudeau aura marqué des points.

Le PLC récupère les mensonges de Mulcair en pub électorale.
Le PLC récupère les mensonges de Mulcair en pub électorale.

Lors du débat sur l’économie en anglais la semaine dernière, Mulcair avait encore menti sur son rôle dans le dossier de la privatisation de l’eau. Ce mensonge a été récupéré par l’équipe Trudeau qui en fait une pub électorale sur les réseaux sociaux qui s’appuie sur une vidéo de Mulcair compromettante.

Bref, la soirée fut difficile pour « Tom » Mulcair. Ce n’est pas la complaisance manifeste de certains médias au Québec qui réussira à stopper la descente du NPD. Au Canada anglais, l’analyse de ce débat confortera l’image d’un chef qui l’une chose et son contraire. Mulcair se détacher de Trudeau mais c’est plutôt l’inverse qui risque de se produire. Le chef du NPD est lointain troisième en Ontario et dans le Canada en général, ayant même perdu son avance en Colombie-Britannique. Le débat d’hier ne fera rien pour arrêter l’hémorragie.

Pour ce qui est de Stephen Harper, pour faire une analogie de hockey, il jouait la trappe. À la manière d’un Floyd Maywheatter (oh! analogie de boxe en prime!), il a esquivé les coups. Harper ne s’est pas fait de mal dans ce débat. D’ailleurs, il a beaucoup été attaqué mais la barrière de la langue le protègera de trop de contrecoups dans son électorat anglophone. Difficile de rendre l’ensemble des attaques dans des textes post-débat. Mais quand on y regarde de plus près, on comprend pourquoi le PM Harper a refusé net de participer à cette formule dans le Canada anglais. Harper aurait été très vulnérable dans un tel débat présenté à ce stade ci de la campagne devant des millions de Canadiens rivés à leurs écrans un soir où les Blue Jays faisaient relâche…

En terminant, quelques mots sur Elizabeth May. Comme je le notais hier en cours de débat sur les réseaux sociaux, dommage que la barrière de la langue prive les Québécois de la verve de cette chef de parti qui gagne à être plus connue. Le débat d’hier ne lui rend pas justice. Cette dame peut ébranler ses adversaires quand elle se lance dans la mêlée mais débattre en français est encore pénible pour la chef des Verts…

D’ailleurs, une chance que l’Ayatollah de la langue de Radio-Canada n’était pas d’office hier…

Quelques réflexions pré-débat des chefs…

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Quelques réflexions d’avant débat…

1- Ce débat sera suivi dans le Canada anglais. Contrairement aux autres années électorales, il n’y a pas eu de débat plus conventionnel du consortium en anglais. Conséquemment, les médias du Canada anglais porteront attention à ce débat ce qui était moins le cas quand les chefs débattaient en anglais d’une part et en français quelques jours plus tard selon une formule commune.

2- Les chefs ne s’adresseront pas uniquement à un auditoire francophone. Bien que le débat se déroulera en français, je m’attends à ce que certaines réponses des chefs s’adressent tout autant à un auditoire anglophone. D’ailleurs, CBC News offrira une webdiffusion avec traduction simultanée du débat en français. Aussi, il est à noter que CPAC diffusera également le débat en tant que partenaire du consortium qui l’organise.

3- Duceppe versus Mulcair? On annonce ce débat comme d’un combat à finir entre Duceppe et Mulcair pour se départager nombre de sièges au Québec. Ce n’est pas complètement faux mais le bouillonnement pré-débat change un peu la donne. D’abord, il y a eu publication au cours des derniers 48 heures d’une pléthore de sondages dont plusieurs sont contradictoires. Nanos pointe le Bloc Québécois à 9% alors qu’Ipsos lui donne plutôt 24%. Aussi, Léger annonce que le Bloc mène dans les régions ressources alors que les Conservateurs sont fort dans le coeur du Québec (Bois-Francs, Beauce, Québec, etc). Harper est sur une lancée, il voudra en profiter pour marquer des points et se donner une chance de gagner quelques sièges avec Reyes, Déry et Léveillé par exemple.

4- Mulcair sera attaqué. Assurément, Mulcair sera attaqué. Les adversaires de Mulcair, au PLQ par exemple, surtout les fidèles de Jean Charest qui ont donné d’amples munitions sur le passé du chef du NPD comme ministre au Québec, ont offert sur un plateau d’argent nombres de contradictions et de mensonges sur des dossiers qui touchent de près les Québécois. Je pense ici à la privatisation du Mont Orford, à la volonté de Mulcair de privatiser les ressources hydrographiques, ses attaques contre les syndicats, ses positions passées sur la loi 101 ou sur la Clarté référendaire (en contradiction avec la Déclaration de Sherbrooke du NPD)… Et il y en a plus. Les adversaires de Mulcair ont probablement des attaques toutes faites pour déstabiliser le chef du NPD. Trudeau l’a fait lors des précédents débats et Mulcair a nié concernant la privatisation de l’eau par exemple. Dès le lendemain, le PLC en faisait une pub qui s’appuyait sur une vidéo qui montrait que Mulcair avait menti. Cela guette encore Mulcair ce soir et jusqu’à la fin de la campagne.

5- Énergie Est et multiculturalisme. Voilà deux thèmes qui seront au coeur des débats et qui pourraient bien départager les partis au Québec. Pour le Bloc Québécois, il est essentiel de marteler sa position concernant le pipeline Énergie Est tout en expliquant que la position du NPD de dire « non pour le moment ou conditionnel à une étude environnementale sérieuse », que cela n’est que poudre aux yeux, que façon de dorer une pilule de fort mauvais goût. Pourquoi? Car le NPD ne remet pas en question le rôle de l’Office national de l’Énergie du Canada (ONÉ), seul maître des études ici nommées; aussi car l’ONÉ n’a jamais, et je dis bien jamais, refusé un projet pétrolier. Jamais. C’est d’ailleurs un des arguments que servait le député Nathan Cullen en Colombie-Britannique dans sa tournée de protestation contre le pipeline Northern Gateway. Il est essentiel que le chef du Bloc fasse ressortir cette contradiction très gênante pour le NPD sur la question du pipeline Énergie Est.

Concernant le « niqab », je m’attends à ce que Stephen Harper sorte un « ADQ-Mario Dumont 2007 », soit une position populiste qui s’adresse aux nationalistes conservateurs du Québec qui ont le multiculturalisme en aversion. Ici encore, Mulcair tentera de sauver la mise comme il l’a fait hier dans un point de presse improvisé à la dernière minute pour sauver les meubles. Minimiser la portée de la question « le niqab n’est qu’une façon de s’habiller », ce qui est tout à fait faux, « le niqab ne s’adresse qu’à une poignée de femmes, donc c’est pas important », ce qui est faux aussi car Trudeau et Mulcair courtisent le vote des figures d’importances de certaines communautés religieuses en leur promettant oreilles à leurs revendications comme celle-là spécifiquement. (D’ailleurs, le NPD est dans l’embarras à Toronto suite aux déclarations d’un leader religieux anti avortement, anti gay qui se présente pour Tom Mulcair). Quant à Gilles Duceppe, il devrait se tenir loin des positions trop populistes dans ce débat quoique cela sera difficile. Personnellement, je lui conseillerais d’en profiter pour dire qu’il préférerais une citoyenneté québécoise laïque et que cette question ne se poserait même pas.

6- Ne pas surestimer l’importance du Québec. Il ne faut pas commettre l’erreur de surestimer l’importance du Québec dans ce débat. De plus en plus les gouvernements se feront -et se déferont- sans l’aval du Québec. On parle ici de 78 sièges sur 338 mais bien peu où l’un des partis peut s’enorgueillir d’y compter une base militante solide. D’ici la fin de la campagne, le Québec ne sera pas l’endroit le plus visité par les chefs de parti « canadien ».

7- Les grands oubliés. Malheureusement, je ne m’attends pas trop à ce que l’on parle de pauvreté, d’environnement, de la place des femmes et du bilan catastrophique du gouvernement Harper concernant la condition féminine, d’évasion fiscale, de la croissance des inégalités sociales…

8- Et Duceppe… Ce débat est crucial pour Gilles Duceppe. D’abord, car il aura devant lui un Mulcair chancelant et vulnérables aux attaques concernant de nombreux dossiers où il le sait en contradiction. Sans compter que Mulcair pourrait lâcher ce faux sourire agaçant… des fois que l’on verrait le Angry Tom. Ce débat est crucial aussi parce que Duceppe est victime d’une certaine omerta imposée; on ne compte plus les occurrences où un débat des candidats se tient au Québec sans que l’on invite un bloquiste, un tableau aux nouvelles où l’on présente les positions des partis mais qui omet volontairement les positions du Bloc, un article de journal local qui présente les positions des candidats, mais où l’on omet volontairement celui du Bloc.

Il est évident, et ma couverture de cette campagne me le prouve chaque jour, qu’une certaine élite médiatique fédéraliste tient mordicus à enterrer le Bloc Québécois une fois pour toute. Elle sent le parti indépendantiste vulnérable et fera tout en son pouvoir pour ne pas contribuer à ce que les appuis lèvent pour la formation indépendantiste. En ce sens, il est capital que Duceppe soit convaincant et qu’il marque des points qui se traduiront pas une prime dans l’urne.

9- Un KO possible? Bien que ce soit rare, il n’est pas impossible qu’un des chefs se sortent de la campagne par une performance décevante ou même désastreuse ce soir. Harper et May (dont la participation devrait être mineure, elle ne maîtrise pas bien la langue) ne se sortiront pas de la course ce soir. Pour les trois autres, tout est possible. L’enjeu est particulièrement grand pour Duceppe (son auditoire cible est là), et Mulcair (les derniers sondages montrent que la dernière province où il mène encore, bien qu’en chute libre là aussi, c’est le Québec).

Je m’attends à ce que la langue française, sa syntaxe orale, soit malmenée. Ça, c’est certain.

Pour ceux que ça intéresse, je serai en ondes au http://www.radioinfocite.com vers 22h ce soir pour discuter, à chaud, de ce débat.

L’indignation sélective de certains médias au Québec…

Qui ne se souvient pas de la polémique créée par les propos d’une jeune candidate du Bloc Québécois ayant osé affirmer, à 17 ans sur un réseau social, qu’elle apporterait un pénis sur une île déserte. Attendez… Quoi! Un pénis! Honte! Calomnie!

Pendant une bonne semaine certains médias ont faut leurs choux gras de cette « affaire ». Personne ne s’est tu. Ridiculisée, intimidée, la jeune candidate s’est retirée des médias sociaux. Un traitement infect.

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Joke de pénis à Auschwitz…

Cette semaine, une candidate du NPD a fait beaucoup de bruit en raison d’une blague de « pénis » de très mauvais goût qui concernant le camp nazi de Auschwitz. La nouvelle a fait le tour des médias anglophones mais rien de tel au Québec.

Quand on compare le traitement réservé à la candidate bloquiste à celui de Alex Johnstone, candidate NPD dans Hamilton-West Ancaster – Dundas, on est en droit de se demander pourquoi le premier cas est monté en épingle pendant une semaine jusqu’à détruire non seulement la candidature de la candidate bloquiste, mais en s’attaquant à sa personne. Pourtant, dans le second cas, un silence presque complet.

Le pire? La candidate NPD en a ajouté une couche en affirmant pour toute défense qu’elle ne savait pas que Auschwitz était un camp de la mort Nazi. Ça dépasse l’entendement. J’ose même pas imaginer le traitement que l’on aurait réserver à une candidate bloquiste qui aurait fait une joke de pénis sur Auschwitz.

Hey Pape Benoit : Va donc chier!

À l’autre bout du spectre, Shawn Dearn, le directeur des communications de Mulcair sur les médias sociaux se réserve quelques mots pour le Pape : « Go fuck yourself! »

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Un autre cas où je n’ose même pas imaginer le traitement que l’on aurait réservé dans les médias du Québec à Dominic Vallières, le directeur des communications de Gilles Duceppe, si c’était lui qui avait envoyer chier aussi crûment le Pape sur les réseaux sociaux.

Croyez que les médias qui ont lynché la candidate bloquiste pour sa joie de pénis en aurait parlé…

Je pose la question. Car encore une fois, l’affaire « Dearn » a fait beaucoup de bruit dans le Canada anglais, presque rien au Québec.

Ah oui. Mais on dit d’une autre candidate du Bloc qu’elle peut-être prêtresse vaudou…

La décennie de gouvernance Harper: un désastre pour les femmes…

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Certains enjeux sont moins discutés lors de campagnes électorales de nos jours et pourtant, ce sont des dossiers capitaux; la pauvreté, les inégalités croissantes, l’incidence de la gouvernance sur les plus démunis, les femmes, les enfants.

On préfère jaser « économie ». Pas l’économie des plus vulnérables, toujours celle des plus nantis, des possédants. On jase « économie », mais pas des conséquences néfastes du néolibéralisme radical, de l’austérité et de la « rigueur budgétaire », pas des conséquences néfastes de l’évasion fiscale ou de la délocalisation du travail par exemple.

Stephen Harper place toujours « l’économie » au centre de ses campagnes électorales. Par définition, cela exclu les plus vulnérables et au premier chef, les femmes.

Pas surprenant que ce premier ministre n’ait manifesté aucun intérêt pour un débat sur les enjeux proprement « féminins ». Cela cadre avec le funeste bilan de sa gouvernance quand il est question de la place de la femme en général et notamment dans l’économie plus spécifiquement. On pourra écouter ici un extrait de ce débat que l’on a popularisé sous l’expression « Up for debate » et auquel les quatre autres chefs de parti ont participé de façon engagée (Mulcair avait menacé de ne pas y participer si Harper n’y était pas, il s’est ravisé), on les en félicite.

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Je salue particulièrement la contribution dans le site ipolitics de Ali Hamandi, doctorat en politique de la santé à l’Université Harvard, sur la régression de la place de la femme sous le gouvernement Harper. Une lecture obligatoire afin de prendre connaissance de ce funeste bilan.

Ali Hamandi fait remarquer que en 1994, le Canada se classait premier sur l’Index de développement humain des Nations Unies concernant l’égalité des sexes, deux décennies plus tard le Canada est en huitième place. Cette régression a valu au Canada d’être le cancre de la Conférence du Statut de la femme menée par l’ONU en 2014 à New-York. Place peu enviable qui n’est pas sans rappeler le statut de nation paria qu’occupe le Canada lors de conférences climatiques internationales…

Mais comme les Conservateurs aiment tant « l’économie », il est impératif de rappeler que sous leur gouverne, la place des femmes dans le monde du travail a sans cesse décliné. Entre 2013 et 2014 seulement, plus de 80 000 femmes ont quitté le monde du travail ce qui a fait descendre le pourcentage de participation des femmes au marché du travail à seulement 61,6%, le plus bas taux depuis 2002.

On ajoutera à ce triste bilan sur l’emploi des femmes la croissance des iniquités du point de vue des salaires (à compétences égales, une femme gagne en moyenne 80% du salaire de sa contrepartie masculine) et ce malgré que les femmes sont diplômée en plus grande proportion que les hommes. Bien du chemin reste à faire.

Mais ne comptez pas sur les Conservateurs pour accorder quelque importance que ce soit à cette problématique criante… Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, Harper a réduit le financement de Condition féminine Canada de 37% et ordonné la fermeture de 12 des 16 bureaux régionaux au Canada.

Autant dire qu’il a quasiment mis la clé dans la porte.

Tout ça alors que les groupes de défense des droits des femmes implorent le gouvernement de se pencher sur des dossiers capitaux concernant la disparition de femmes autochtones ou la violence faite aux femmes.

Même les mesures fiscales du gouvernement Harper qui visent les familles se sont révélées être fort désavantageuses pour les femmes, notamment les mères monoparentales.

On comprend mieux pourquoi Stephen Harper a refusé de se présenter à « Up for debate »… Son funeste bilan est indéfendable et il doit être dénoncé.

Boulerice, Mourani, le même discours; le niqab, cette simple « façon de s’habiller »…

Mars 2015, Boulerice dit que son parti est contre le niqab, en quelque sorte, mais pas tout le temps...
Mars 2015, Boulerice dit que son parti est contre le niqab, en quelque sorte, mais pas tout le temps…

Devrait-on traiter de cette question en campagne électorale? S’agit-il d’une affaire sans importance? D’une question plombée, bien arrangée par les Conservateurs qui, dans le dossier du jugement de la Cour d’appel fédérale sur le droit de le porte en cérémonie d’assermentation, savaient très bien que leur plaidoyer ne tenait pas la route et que cet échec annoncé placerait cette question à l’avant-plan des sujets à discuter?

Le fait est que la question plus grande ici est celle du multiculturalisme, de comment il s’opère dans la société canadienne et québécoise. Le Québec est en ce moment même au centre d’une commission parlementaire – le liberticide projet de loi 59- qui fait suite à celui sur la charte de la laïcité. Le Canada anglais n’est pas insensible à ces questions et le multiculturalisme est, là aussi, souvent critiqué. Si une campagne électorale ne sert pas à sonder les partis sur leurs positions quant à la façon dont les politiques inhérentes à la loi sur le multiculturalisme sont appliquées concrètement dans la société, quand alors en discuter? En plus, c’est pas le temps qui manque, une campagne de 79 jours…

Non seulement est-il pertinent d’en discuter, du point de vue du Québec, il s’agit là d’une question capitale. Rien n’est réglé de ce côté et si le débat sur la charte des valeurs a servi à quelque chose, c’est bien de montrer que la majorité des Québécois préféreraient que leur société soit, d’une façon ou d’une autre, laïque. À voir le gouvernement Couillard s’empêtrer dans ce dossier, force est de constater que tout reste à faire.

Le député du NPD Alexandre Boulerice a plus d'une fois exprimé son malaise dans ce dossier
Le député du NPD Alexandre Boulerice a plus d’une fois exprimé son malaise dans ce dossier

Boulerice contredit-il son chef? 

Couillard n’est pas le seul à s’embourber dans ce dossier, le lieutenant québécois de Mulcair, Alexandre Boulerice, semble avoir développer des aptitudes de patineur de fantaisie spectaculaire pour ménager les susceptibilités québécoises ici sans trop mal faire paraître son chef, un ardent défenseur du multiculturalisme qui s’est d’emblée positionner, par exemple, en faveur du port du niqab lors de cérémonie d’assermentation. À plus d’une reprise au cours des derniers mois, Boulerice a paru pour le moins inconfortable avec la position de son parti. Il est tout à fait légitime, en campagne électorale, de le soulever! Le lieutenant du Québec pour le NPD est-il pour ou contre? On se souviendra de la spectaculaire entrevue de Boulerice avec Paul Arcand le 12 mars dernier. Arcand excédé par les faux-fuyants du député de Rosemont- La Petite- Patrie qui lâche :

« Ben là! Vous avez l’air de quelqu’un qui patine de façon exceptionnelle et qui refuse de répondre à une question qui est simple! Comme député, êtes-vous pour ou contre le port du niqab de la part d’une employée dans la fonction publique fédérale?! »

Bien que se disant personnellement contre le fait de recevoir de tels services de la part d’une personnes au visage couvert, Boulerice refuse obstinément d’admettre que l’on puisse légiférer pour interdire cette pratique, justement au nom des libertés religieuses individuelles protégées par l’application du multiculturalisme. Boulerice se défend en disant que ce n’est « pas un problème en ce moment ». Arcand réplique en suggérant qu’il faille alors légiférer pour l’interdire et que cela ne brimerait personne alors. Boulerice refuse net ce prédicat. Pourquoi? Cela contrevient à la position du chef Mulcair, un ardent défenseur de ce droit « théorique ».

Le malaise est palpable et ce que l’on retient des entrevues d’Alexandre Boulerice sur le sujet c’est que même si lui, personnellement se sent mal à l’aise par « cette façon de s’habiller, les gens ont le droit de s’habiller comme ils le veulent » (ce sont ses mots). Lors de l’entrevue avec Mario Dumont, l’animateur a bien tenté de faire admettre au député que le niqab c’est plus qu’une « façon de s’habiller », mais Boulerice a changé de sujet…

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Maria Mourani : niqab et jacket avec croix gammée…

Comme le chroniqueur Mathieu Charlebois, moi aussi j’aurais bien aimé que le nouveau morning man de Radio-Canada à la radio de Montréal laisse la candidate NPD Maria Mourani expliquer où elle s’en allait avec sa comparaison niqab et jacket avec une croix gammée…

Mais revenons à cette entrevue d’Alain Gravel avec Maria Mourani. Comme Arcand à Boulerice, Gravel pose la question de la façon la plus simple possible :

« Êtes-vous pour ou contre le port du niqab lors d’une cérémonie d’assermentation à la citoyenneté du Canada? »

Même réponse alambiquée… « Vous savez, c’est pas question d’être pour ou contre, c’est beaucoup plus complexe que ça… » (Petit aparté, c’est exactement la même prémisse de réponse que me donnait Chantal Crêtes, la candidate NPD dans mon comté d’Argenteuil-La Petite-Nation sur sa position concernant Énergie-Est…)

Gravel réplique : « donc… vous êtes contre! »

Mourani : « Non, non! y’a une différence entre aimer ou ne pas aimer le niqab et être pour le droit des individus de s’habiller comme ils le veulent! »

Nous revoilà revenu à la case départ. Mourani qui quelques secondes auparavant se disait femme féministe et tout, voilà que le niqab n’est plus que « façon de s’habiller ». C’est sidérant d’écouter en séquence les deux entrevues de deux candidats différents du NPD au Québec, deux nationalistes avoués, qui se disent personnellement contre mais qui sont contraints de défendre le multiculturalisme du chef Mulcair à leur corps défendant.

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Dans les deux cas, quand Boulerice et de façon encore plus appuyée, la « féministe Maria Mourani réduisent le fait de porter le niqab en société et surtout en cérémonie d’assermentation de citoyenneté qui fait de celle qui le porte une citoyenne dans un nouveau pays d’accueil, quand on réduit ça à une vulgaire « façon de s’habiller », désolé, mais c’est prendre les gens pour des imbéciles. Comme si le niqab n’était rien d’autre qu’un bout de tissu. Pour se dédouaner de prendre position, les deux candidats-ténors du NPD au Québec tentent de minimiser toute la réelle portée de cette question.

Dans un texte récemment, le sociologue Mathieu Bock-Côté a résumé de façon magistrale l’aspect pernicieux de cet argumentaire en commentant la décision de la Cour dans ce dossier, mais également ceux qui se cachent derrière ces décisions des juges…

« Mais les juges ne sont pas fous. Ils sont fanatiques. Ils croient au multiculturalisme à la manière d’une religion politique. Ils veulent y soumettre la société canadienne au multiculturalisme et sont prêts à tordre le cou au bon sens pour y arriver. Qui doutera encore que nous vivons sous la tutelle du gouvernement des juges? Ces derniers se donnent le droit de modeler la société à partir d’une maquette idéologique qu’ils ne sentent pas le besoin de faire valider démocratiquement. »

Quant au patinage de fantaisie des députés du NPD sur cette question, laissons le dernier mot à Mario Beaulieu, ex chef du Bloc Québécois…

« Écouter le lieutenant québécois du NPD patiner sur les airs préenregistrés du multiculturalisme intégral de son chef et de la charte de Trudeau père pour camoufler ses convictions profondes et sa réelle opinion sur les services publics à visage découvert résume bien tout le malaise des députés fédéralistes québécois à Ottawa »

Oui, il est tout à fait légitime de discuter de cette « maquette idéologique » qu’est le multiculturalisme en campagne électorale. Je dirais même que c’est absolument essentiel…

« Votez NPD pour sortir les Conservateurs », la descente vertigineuse de Mulcair dans le ROC…

En début de campagne, le secrétaire-général de la FTQ convoquait les médias pour expliquer la volonté de la centrale syndicale qu’il représente de se ranger derrière des candidats au Québec qui pouvaient aspirer à défaire un député Conservateur. Une dizaine de comtés étaient visés. Sur 338. Une goutte d’eau tant le poids du Québec dans le prochain gouvernement fédéral risque d’être insignifiant. Finalement, sans surprise, la FTQ a jeté son dévolu sur des candidats NPD, toujours selon le plan que « voter NPD aiderait à sortir les Conservateurs ».

Cet argumentaire est désormais plombé et si c’était là la réelle volonté de ceux qui se proposent de « sortir les Conservateurs à tout prix », il faudrait revoir la stratégie.

Pourquoi?

Simple, le NPD de Mulcair descend à vue d’oeil dans le Rest of Canada, une descente vertigineuse qu’on voit mal être renversée complètement. Au contraire en fait, ce qui semble se cristalliser dans cette campagne, c’est le vote Conservateur. Je l’ai écrit ici à quelques reprises, le vote Conservateur est le plus solide, Harper dispose d’environ 100 comtés « sûrs », c’est-à-dire gagnés par plus de 25% lors de la dernière élection. Il mène outrageusement en ce qui concerne le « vote captif », cet électorat qui jure ne pas vouloir changer d’idée.

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Le journaliste-éditorialiste et blogueur Pierre Allard compile les chiffres des sondages nationaux dans le ROC et le dernier coup de sonde national de Nanos est assez révélateur. Le parti Conservateur dépasse le NPD dans le Canada hors Québec par environ 11 points.

Les analystes s’entendent sur une donnée essentielle pour que le NPD n’ait même qu’une minime chance de former un gouvernement majoritaire, voire maintenant minoritaire;

A) Mulcair DOIT percer en Ontario. Ce n’est pas du tout ce qui se produit, l’électorat de cette province capitale qui n’est pas acquis aux Conservateurs se tourne massivement vers Trudeau et le parti Libéral. Les gains des Rouges sont impressionnants.

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On parle ici de gains potentiels de plus de 40 sièges en Ontario pour Trudeau. Il s’agit d’un constat d’échec retentissant pour Mulcair en Ontario. Cette perspective sombre dans cette province pour le NPD bloque les néodémocrates.

B) Sur l’ensemble du territoire canadien, le NPD devait aussi faire des gains substantiels dans toutes les régions. Même au Québec le NPD semble incapable de dépasser la récolte de la « vague orange ». En fait, au cours de la dernière semaine seulement, au Québec, le NPD a chuté de 6 points. Cela ne compte pas encore de sondages qui tiennent compte de la représentation régionale au Québec. Si le NPD baisse encore au Québec, Mulcair sera en danger d’être détaché substantiellement par ses adversaires.

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Dure semaine pour « Tom » Mulcair

Mulcair a beaucoup été attaqué au cours des derniers jours. Par ses adversaires dans la course fédérale bien sûr mais aussi par d’anciens collègues politiques au provincial au parti Libéral du Québec par exemple. Ce politicien de carrière s’est beaucoup d’ennemis et ceux-ci lui rendent la monnaie de sa pièce. Je le mentionnais suite au Thatchergate que  ce sont des proches de Charest qui m’ont coulé l’info concernant l’apologie passée faite par Mulcair de la Dame de Fer. Ceux-ci cherchaient à régler leurs comptes avec Mulcair qui, dans sa biographie notamment, fait un mauvais parti à Jean Charest dans le dossier de Orford entre autre. La Presse a d’ailleurs ressorti cette affaire en fin de semaine, rien pour arranger les choses dans le clan Mulcair. Encore une fois, le chef du NPD a tout nié mais il est de plus en plus isolé et sa version des faits est contestée par l’ensemble des intervenants au dossier.

Plusieurs anciens du cabinet de Charest se sont portés à la défense de l'ex PM du Québec au détriment de la version de "Tom" Mulcair
Plusieurs anciens du cabinet de Charest se sont portés à la défense de l’ex PM du Québec au détriment de la version de « Tom » Mulcair

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Il ne fallait pas que Mulcair s’attende à une couverture complaisante en Ontario non plus où plusieurs collègues de l’estimé  chroniqueur du Toronto Star Tim Harper ont été agacé par la réponse de l’entourage du chef du NPD suite à la révélation faite par Harper des tractations de Mulcair envers les Conservateurs et surtout des questions que ce « flirt » soulevaient.

Ce texte de Tim Harper a particulièrement courroucé l'entourage de "Tom" Mulcair
Ce texte de Tim Harper a particulièrement courroucé l’entourage de « Tom » Mulcair

D’ailleurs, dans le ROC, on ne ménage pas Mulcair et ses contradictions sont quotidiennement étalée au grand jour. Rien de cela n’est terminé et les adversaires de Mulcair détiennent encore beaucoup d’informations qui pourraient le mettre dans l’embarras.

Ironiquement, si la campagne électorale en avait été une plus conventionnelle de 37 jours, il est probable que Mulcair aurait été élu premier ministre du Canada. Cependant, il aura été impossible de taire, de camoufler tout le passé contradictoire du chef du NPD pendant presque trois mois alors que tous ont le temps de fouiller, et de ressasser les vieilles querelles du passé.

Si la tendance se maintient comme le dit la formule consacrée, Mulcair pourrait bien se trouver relégué au troisième rang à condition que ses appuis ne fléchissent pas au Québec. Rien n’est moins sûr, surtout quand un chef de parti comme lui subit des attaques frontales par d’anciens collègues libéraux comme ce fut le cas en fin de semaine.

Le député du NPD Alexandre Boulerice a plus d'une fois exprimé son malaise dans ce dossier
Le député du NPD Alexandre Boulerice a plus d’une fois exprimé son malaise dans ce dossier

Ça, et le fait que le chef du NPD est vertement critiqué au Québec pour ses positions qui sont en contradiction de consensus au Québec sur le pipeline Énergie Est ou pour son appui inconditionnel au principe du multiculturalisme dans le dossier de l’assermentation à la citoyenneté.

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