Une promesse en campagne électorale est-elle chose sacrée?

"Ne pas respecter une telle promesse serait un déni de démocratie…"
« Ne pas respecter une telle promesse serait un déni de démocratie… »

Voilà qui intéressera les électeurs québécois au plus haut point. Le National Post a lancé un dossier fort intéressant dans ses pages et sur ses plateformes web et médias sociaux sur le thème de « Une promesse électorale est-elle quelque chose de sacré? Est-ce un élément fondamental de notre tissu démocratique? Est-ce plutôt une proposition vague à être adaptée en cours de route, alors que l’élu prend le pouvoir? »

Quand on constate les conséquences désastreuses de la dernière élection provinciale au Québec alors que le parti Libéral de Philippe Couillard s’est bien gardé le silence sur l’anéantissement de l’état Québécois qu’il prévoyait, un détour de démocratie s’il en est un, comment ne pas être interpellé par cette question! J’en profite d’ailleurs pour partager cette réflexion du philosophe, humoriste, biologiste Boucar Diouf qui aide à la réflexion en ce sens.

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L’expérience de la gouvernance malsaine, voire illégitime, du gouvernement Couillard apportera un éclairage à cette question. C’est une chose de répudier une promesse électorale, c’en est une autre de cacher un plan de gouvernance prévu d’avance à la population qui implique l’imposition d’une austérité sauvage, la déconstruction et le rapetissement de l’état du Québec, des compressions et des suppressions majeures de services à la population, la privatisation de sociétés d’état, l’abolition des commissions scolaires, la hache dans les CPE, l’abandon de la perception de l’impôt par Québec… Si, dans notre système parlementaire désuet, inefficace, sans possibilité d’imposer une quelconque forme d’imputabilité, la campagne électorale ne sert pas à débattre de tels enjeux absolument essentiels au fonctionnement sociétal, peut-on vraiment dire que nous vivons en démocratie?

Du côté du fédéral, personne ne pourra contester que Stephen Harper n’avait pas annoncé ses intentions de gouvernance en 2011. De la même façon, cette année en campagne électorale, les différents chefs annoncent leurs couleurs. Une campagne électorale aussi longue permet de questionner les chefs sur les éléments plus nébuleux de leur programme. On voit même un « Tom » Mulcair être forcé de reculer sur des promesses faites qui ne tiennent pas la route économiquement, comme celle de rétablir le financement en santé aux provinces. D’ailleurs, les médias anglophones (et la journaliste Manon Cornellier à l’antenne de Philippe Marcoux ce matin) ont plusieurs fois notés cette semaine que le chef du NPD tardait à présenter une plateforme électorale économique chiffrée, contrairement à ses adversaires principaux qui s’y sont déjà pliés.

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Les chefs n’échappent pas ensuite au test de la réalité quant à leurs promesses. Et c’est un peu le but de l’exercice du National Post (et son journal d’Ottawa The Citizen) en quelque sorte car personne ne doute que peu importe qui sera élu, il y aura des promesses électorales brisées. Lesquelles sont fondamentales? Promettre un budget équilibré à tout prix, en faire une question dominante, ou une question électorale (ballot question), et ensuite y renoncer, est-ce acceptable? En lisant le dossier du Post on se rend compte que cet élément domine en fait.

Les électeurs qui se prononcent dans le cadre de ce projet énoncent des principes fondamentaux intéressants. On juge sévèrement un politicien qui promet en sachant qu’il se démettra de ses engagements, voilà qui est assez évident. Aussi, pour certains types de promesses qu’on nommera « essentielles » (cornerstone) d’un parti, les répudier est très mal vu.

Par exemple, les Verts et le NPD s’opposent au pipeline Northern Gateway en Colombie-Britannique. Si le NPD prenait le pouvoir et répudiait cet engagement, il serait jugé sévèrement par les électeurs de cette province. D’autant plus que le NPD fait campagne ouvertement en Colombie-Britannique en insistant auprès des électeurs pour le pipeline Northern Gateway soit un « ballot question », alors que ces mêmes néodémocrates insistent au Québec pour que le pipeline Énergie Est ne soit PAS une question électorale.

Comme quoi les promesses électorales peuvent aussi être adaptées en fonction des impératifs électoralistes bien plus qu’en fonction des convictions… Cela a, au moins, le mérite d’être très clair. À la population de décider.

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2 réflexions sur “Une promesse en campagne électorale est-elle chose sacrée?

  1. S’il fallait dresser un palmarès des promesses non tenus, nos politiciens locaux auraient une rude compétition de la part de François Hollande qui déclarait en campagne électorale que la finance est son ennemi et Alexis Tsipras qui s’est fait élire en promettant de combattre l’austérité. Je suspecte que le troisième secret de Fatima n’était pas « Pauvre Canada » mais plutôt « Pauvre Électorat »…

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  2. Ça fait longtemps que je pense à un contrat fait par une firme d’avocats et qui scellerait les promesses électorales en cas d’élection majoritaire avec des pénalités monétaires au partie ou personnelle au candidat. Une première promesse faite sous un tel contrat par un partie moins populaire, pourrait faire du bruit et inciter les gens à exiger aux autres chef/partie d’utiliser ce contrat pour être pris au sérieux. Et quand la mode deviendrait une nécessité pour être pris au sérieux, on gagnerait (citoyens) en qualité dans les débats et ce qui se dit durant les campagnes.

    Aussi les sondages, je commence à me demander si on ne devrait pas les interdire ou les encadrer car ils servent beaucoup à diriger les mensonges durant la campagne (même en-dehors…)

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