Gouvernement minoritaire en vue; la pertinence du Bloc Québécois, l’importance du vote des jeunes…

Presque impossible de prédire le résultat de la prochaine élection...
Presque impossible de prédire le résultat de la prochaine élection…

Il ne reste plus qu’une semaine avant la fin de la campagne électorale et rien n’est réglé. Je l’ai beaucoup écrit ici, cette élection est un cauchemar pour les sondeurs et il serait périlleux de baser toute analyse uniquement sur les sondages bien que ceux-ci puissent nous informer de grandes tendances.

En 2011, à une semaine du vote, Jack Layton était fort populaire et Micheal Ignatieff se trouvait en constante dépréciation chez les électeurs. Cette fois-ci, l’inverse semble se produire alors que « Tom » Mulcair tire le NPD vers le bas alors que Trudeau semble bien bénéficier des déboires du chef néodémocrate. Il s’agit là de tendances lourdes, de mouvements qu’il est assez difficile de contester. Le vote Conservateur demeure solide, sa base étant la plus fidèle et la moins encline à déserter son choix numéro un. Du côté du Bloc Québécois, difficile de nier que Gilles Duceppe mène une bonne campagne et quand les sondeurs ont tenu compte des réalités régionales, tout indique que le Bloc est bien positionné pour reprendre son statut de formation officielle à la Chambre des Communes.

Voilà pour les tendances plus générales.

Un gouvernement minoritaire

Sachant cela, quels sont les scénarios les plus plausibles au lendemain du 19 octobre? Un gouvernement minoritaire à Ottawa, voilà qui est acquis. Aucune formation en ce moment ne s’approche des 170 sièges requis afin de former un gouvernement majoritaire. Même pas proche.

Des députés sortants en danger

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Une variable dont on parle moins cependant, le fait que près d’une quarantaine de députés sortants se trouvent en situation précaires dans des comtés qui ont été remportés par moins de 5% des voix (40 sur 52 de ces comtés). Au Québec, on parle d’une demi-douzaine de Néodémocrates notamment. L’élection en cours a ceci de particulier qu’il y a nombre de courses très serrées qui pourraient avoir une incidence déterminante sur le résultat. On pourrait à la fois avoir la surprise d’une minorité forte (PLC ou PCC) ou même de trois partis à moins de 20-25 sièges les un des autres. Tout dépendra du résultats de nombre de luttes serrées, surtout en Ontario bien que la Colombie-Britannique et le Québec soient aussi à surveiller. S’il fallait que le NPD s’effondre dans l’une de ces deux provinces (et même en Ontario, si ce n’est déjà fait), cela influencerait le vote de diverses façons.

Comment? En Colombie-Britannique, il y aura quelques luttes serrées où la division du vote pourrait bénéficier aux Conservateurs dont les appuis risquent moins de chuter. Aussi, loin de se rapprocher, Libéraux et Néodémocrates continuent de se livrer de rudes batailles ce qui empêche de fédérer le vote « tout sauf Harper ». Au Québec, il y aura aussi des luttes à trois et même à quatre là où le vote NPD qui s’étiole bénéficiera à plus d’un parti. Les couronnes de Montréal sont à prendre, il y aura là des luttes intéressantes. En région, le Bloc Québécois devrait remporter quelques sièges là où Libéraux et Conservateurs comptent moins d’appuis.

Le Bloc Québécois et le scénario du gouvernement minoritaire

Comme les prochain gouvernement sera presque assurément minoritaire, il est intéressant de rappeler que dans ce contexte, la représentation régionale au parlement fédéral peut être des plus avantageuses, surtout pour le Québec. Et pourtant, on entend presque jamais les chroniqueurs du Québec se prononcer sur le rôle que pourraient jouer, en contexte de gouvernement minoritaire, les députés du Bloc Québécois qui seront élus. Car il y en aura.

Serait-ce que l’on préfère ne pas trop en parler? Je m’étonne, par exemple, de lire le texte de Vincent Marissal sur les scénarios possibles sans que ne soit mentionner une seule fois le Bloc Québécois. Pas un mot. Pourtant, il se pourrait bien que le prochain gouvernement soit très attentif aux revendications du Bloc Québécois sur certains dossiers très spécifiques si jamais la minorité le requiert. Difficile d’éviter complètement un groupe de 20-30 députés en contexte minoritaire.

Ce scénario de 20-30 députés bloquistes à Ottawa, pertinents en contexte minoritaire, et défendant en tout temps les revendications divergentes du Québec, les rappelant sans cesse, voilà le scénario du pire pour l’élite fédéraliste à Québec; elle qui salivait à l’idée de la disparition du Bloc Québécois au profit d’un « Tom » Mulcair qui a appuyé Philippe Couillard…

Une flopée de députés du Bloc Québécois qui refusent net de jouer la game des pétrolières dans le dossier Énergie Est, qui contestent l’hégémonie de l’Office National de l’énergie et qui rappellent que cet organisme n’est rien d’autre qu’une succursale des pétrolières. Une flopée de bloquistes qui se battent pour la gestion de l’offre au Québec, qui dénoncent sans cesse le pillage de la caisse de l’assurance emploi, qui défendent les compétences exclusives du Québec. Le scénario du pire pour les fédéralistes qui préfèrent la soumission tranquille des Libéraux de Couillard.

Le Québec peut-il se passer de cette représentation bloquiste en ce moment? Bref, le contexte du gouvernement minoritaire est propice à l’élection du plus de députés du Bloc Québécois que possible afin de faire contrepoids à l’axe du « fédéralisme-du-rapetissement » qui guette le Québec en ce moment. Il n’y a absolument rien, mais rien, de réjouissant dans la perspective d’un axe Trudeau-Couillard-Coderre par exemple.

Plus le taux de participation chez les jeunes sera élevé, moins de chance Harper aura de gagner l'élection
Plus le taux de participation chez les jeunes sera élevé, moins de chance Harper aura de gagner l’élection

Le vote des jeunes

Notons également que l’élection actuelle pourrait se jouer sur une donnée que l’on ne mentionne pas assez souvent, l’inadéquation des votes du segment plus jeune de la société versus celais de la population plus âgée. Frank Graves, l’analyste et PDG de la firme EKOS Politics, fait remarquer qu’en 2011, les sondeurs ont surestimé le taux de participation des jeunes (il les appelle « électeurs aux téléphones cellulaires seulement »).

Moins de trois électeurs sur dix de moins de 24 ans ont exercé leur droit de vote en 2011. En contrepartie, les segments plus âgés de la population votent, eux, beaucoup plus. Ce n’est un secret pour personne que Harper compte sur l’appui des électeurs plus âgés dans tout scénario que le donne vainqueur.

EKOS s’est astreint à la tâche de sonder les électeurs plus jeunes, ceux qui le plus souvent sont sous-représentés des enquêtes d’opinion car moins faciles à joindre dans ce type d’enquêtes. Selon Frank Graves, contrairement à 2011, ce segment de l’électorat est beaucoup plus engagé dans le débat électoral. Si les « électeurs au téléphone cellulaire » se présentent en grand nombre, Harper perdra selon l’analyste Graves :

« Quite simply, this segment will be critical to the outcome of the election. In the last election, Ekos polls overestimated this segment’s willingness to vote. This time around, that cell-phone-only population is at least three times larger and tells us they are much more certain to vote than they told us last time. When polled, they insist they are extremely engaged and motivated by the values war that has come to underlie this election.

What that means: if they show up Harper loses; if they don’t he wins. »

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Une réflexion sur “Gouvernement minoritaire en vue; la pertinence du Bloc Québécois, l’importance du vote des jeunes…

  1. Il ne faut pas exagérer les vertus d’un gouvernement minoritaire. Théoriquement c’est une bonne affaire pour soutirer des concessions pour le Québec par le biais de négociation. Or qui dit négociation, dit rapport de force. Et quel Parti est en position de force?
    Le Parti Conservateur pour la simple et bonne raison que l’alternative aux concessions, ce sont de nouvelles élections.
    Et qui dit élections ne peut oublier l’extrême importance que revêt l’argent pour mener une campagne électorale. L’auteur de ce blogue n’est pas sans ignorer que les conservateurs disposent d’un trésor de guerre considérable par rapport à leurs adversaires. Les partis politiques ne pouvant désormais compter que sur le financement populaire, il pourrait être hasardeux de s’engager dans une campagne électorale pour la plupart d’entre eux.
    A l’issue de cette campagne électorale, il y aura également une course à la chefferie dans au moins un parti et peut-être même deux. Cela va aussi refroidir les ardeurs pour d’autres élections hâtive.
    La mission du Bloc Québécois demeurera donc non pas de faire fonctionner le fédéralisme, y compris dans un gouvernement minoritaire, mais de réduire les obstacles dans notre démarche vers l’indépendance du Québec.

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