Le piège Justin Trudeau

Permettez-moi de clarifier un truc important quant aux projections qui sont reprises dans tous les journaux du Canada anglais et aussi au Québec selon lesquelles Justin Trudeau serait au bord d’une majorité; cela procède beaucoup plus d’une opération qui vise à incliner le vote vers le PLC que d’une lecture assidue, objective des intentions de vote.

Rien ne laisse présager une majorité aux Libéraux en ce moment, rien n’indique que Trudeau s’approche des 170 sièges requis pour former un gouvernement majoritaire. Rien. À quatre ou cinq jours du vote, tapisser tous les journaux du Canada de cette volonté de chasser Harper n’y changera rien car s’il existe une tendance qui ne s’est jamais démentie au cours de cette interminable campagne, c’est bien la solidité de la base électorale conservatrice. D’ailleurs, encoure une fois, un chroniqueur jette un pavé dans la marre de ceux qui usent de sondages peu fiables pour avancer leur « agenda politique ». On doit absolument lire Warren Kinsella ce matin… Oui le vote Conservateur est largement sous-estimé dans les sondages.

"Encore une fois, certains sondeurs seront dans le champ…" Warren Kinsella
« Encore une fois, certains sondeurs seront dans le champ… » Warren Kinsella

Je le rappelle, sur les 125 comtés « sûrs » selon Élections Canada (ceux remportés par plus de 125% en 2011, transposés en comtés 2015), 102 sont acquis aux Conservateurs. Ce vote captif se dresse entre « Justin » et sa majorité. À moins que le voire NPD ne s’effondre complètement au profit exclusif du PLC. J’en doute.

Le vieux réflexe libéral…

Autre élément à considérer, la gaffe stupide de Dan Gagnier, co-directeur de campagne nationale du Justin Trudeau, aura des répercussions sur le vote. Certains seront un peu plus frileux à l’idée d’appuyer les Libéraux. Gagnier, en courtisant TransCanada pour faciliter le lobby en vue d’appuyer le pipeline Énergie Est avant même d’avoir été élu, vient rappeler de bien mauvais souvenirs aux électeurs qui avaient chassé un parti Libéral corrompu à l’os en 2006. Gagnier est l’un de ces vieux routiers Libéraux qui témoignent du fait que le PLC n’a rien d’un « nouveau parti » et que le seul changement qu’il propose est cosmétique… Même pas élus et déjà les apparatchiks libéraux manigancent dans l’antichambre du pouvoir…

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Le piège Justin Trudeau

S’il est un endroit au Canada où le spectre du retour des Libéraux fédéraux devrait faire frémir, c’est bien au Québec! Je me suis déjà étendu ici sur le désastreux bilan de gouvernance libéral fédéral au cours des dernières décennie, mais plus inquiétant encore que ce bilan libéral c’est le retour d’un Trudeau aux commandes du pouvoir canadien que l’on devrait vouloir éviter comme la peste.

Quand Stephen Harper a voulu, très symboliquement et du bout des lèvres, reconnaitre à la Chambre des Communes que le Québec formait une « nation » (à l’intérieur du Canada seulement), peu s’y sont opposé avec autant d’acharnement que le fils politicien de Pierre Elliott Trudeau. En presque dix ans depuis, l’opinion de Justin Trudeau n’a pas vacillé d’un iota là dessus. Pour lui, c’est une hérésie de croire que le Québec n’ait jamais été une nation.

Justin Trudeau a beaucoup été questionné sur ses opinions concernant le nationalisme québécois et ses réponses sont chaque fois empreinte d’un mépris condescendant sur l’idée même que l’on puisse associer le Québec au concept d’une nation.

En entrevue avec Seamus Oreagan au réseau CTV lors de la chefferie qui avait porté Micheal Ignatieff aux commandes du PLC, Justin Trudeau s’était livré à une charge en règle très méprisante envers toute acceptation d’un « nationalisme québécois ».

« En continuité de ce que pensait mon père sur la question, je m’éloigne de toute conception de nationalisme du Québec, cette idée dépassée, d’un autre siècle, cette idée qui réduit le Québec à une nation alors que sa culture ne saurait s’épanouir qu’en tant que partie prenante d’un vaste Canada… Le nationalisme québécois se fonde sur une étroitesse d’esprit, peu d’intelligence et ne produit que des barrières inutiles. Comme mon père, je m’oppose à tous ceux qui peuvent même évoquer le concept de nation pour le Québec »

Intéressant de noter la réaction médusée du journaliste Oreagan devant cette tirade si méprisante, du moins surprenante. Trudeau se sent le devoir d’ajouter à la fin de sa réponse « qu’il ne devrait pas opiner autant sur la question mais… que voulez-vous! ».

En ce sens, à bien des égards, Justin Trudeau comme premier ministre n’est guerre perspective plus reluisante que Stephen Harper ou « Tom » Mulcair. Voilà le piège dans lequel se trouvent les Québécois lors de l’élection en cours -et toutes les élections subséquentes tant que le Québec sera partie prenante du cadre fédératif actuel- les candidats qui aspirent à gouverner le Canada, le Bloc Canadian en quelque sorte, seront toujours tenus de défendre les aspirations, les intérêts du Canada au détriment des intérêts du Québec souvent divergents, différents voire même en opposition. Le Québec ne peut qu’y perdre au change.

Le PM du Québec Philippe Couillard en mission au Mexique infléchit le protocole et impose le drapeau du Canada.
Le PM du Québec Philippe Couillard en mission au Mexique infléchit le protocole et impose le drapeau du Canada.

Mais dans le cas d’un Justin Trudeau, il y a aussi la question même de l’existence du Québec comme nation qui se pose. Trudeau est de l’école de pensée d’un Philippe Couillard pour qui le Québec doit mettre fin à toute aspiration de nation et réintégrer le giron canadien sans condition. Une capitulation totale et rapide; de préférence une assimilation qui ne laisserait plus au Québec qu’une folklore lointain à classer sur les étagères vieillottes des nations conquises au profit du melting-pot canadien multiculturel.

Un axe de pouvoir Trudeau-Couillard-Coderre serait des plus désastreux pour la pérennité même de la nation québécoise. Déjà, les Québécois ont un aperçu infect de ce que le mensonge libéral provincial peut produire quand un tenant de l’assimilation, du rapetissement, du ratatinement s’abroge du pouvoir dans le but avoué de briser le Québec, d’en faire un champ de ruines afin d’y assoir le Canada. En ça, Couillard trouvera un allié enthousiaste à Ottawa si Trudeau prenait le pouvoir.

Comme il n’existe pas de statu-quo dans l’évolution socio-démographique des nations, chaque fois que les Québécois se rendent aux urnes, une question se pose en filigrane… Indépendance ou assimilation? Chaque jour de plus que le Québec passe dans le giron canadien, il pousse toujours l’aiguille un peu plus du côté de sa capitulation.

Le clan fédéraliste au Québec évite bien de nommer la chose par son nom, mais nul ne peut douter que tout est mis en oeuvre, tant dans cette élection-ci que dans les relents nauséabonds de celle de 2014 au Québec, pour que l’assimilation se fasse le plus rapidement possible. Mais cela est tout à fait normal quand ceux qui gouvernent refusent même de croire que le Québec ne forme une nation…

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