“Rien, heureusement, n’est moins prévisible que la démocratie.” Jacques Attali

Nous voilà arrivés au dernier jour, celui où chaque électeur est souverain et maître de sa contribution à cet échafaudage imparfait qu’est notre système démocratique. Notre mode de scrutin est désuet et je fais partie de ceux qui croient dur comme fer qu’il faille le changer. Mais en attendant, l’abstinence électorale ne profite toujours qu’aux mêmes… Suffit de regarder qui sont ceux qui sont élus en profitant des faibles taux de participation… Sans surprise, Harper est de ceux-là. Moins les gens voteront aujourd’hui, plus ses chances de réélection seront grandes. (Jean Charest nous avait fait le coup de miser sur un faible taux de participation pour s’arroger une courte majorité à quelques jours de Noël en 2008 au Québec)

Notre système démocratique est imparfait, certes, mais c’est un embryon à partir duquel peut naître du changement. Pas le « changement » que promettent les prévisibles stratèges politique à coup de slogans vides; je parle ici de la force de la somme des voix qui se réuniraient en faveur d’un changement complet de paradigme (indépendance, mode de scrutin, modèle économique, etc). Par exemple, des nations en devenir comme le Québec, la Catalogne et l’Écosse fondent et conditionnent leurs aspirations indépendantistes à la légitimité du processus démocratique.

Il ne naîtra pas d’énorme changement de modèle social suite à l’élection en cours. Désolé mais « battre Stephen Harper » n’est pas un projet social emballant quand celui qui est le premier en lice pour le remplacer admet que son entourage fasse la cour aux pétrolières au nom de son « gouvernement en devenir ».

"Canada ce pétroÉtat paria environnemental" Titre dévastateur sur le Canada dans le prestigieux Foreign Policy
« Canada ce pétroÉtat paria environnemental » Titre dévastateur sur le Canada dans le prestigieux Foreign Policy

Le Canada sera-t-il moins un paria environnemental suite à cette élection? Dans l’état actuel des choses, pas du tout. Il le sera différemment voilà tout. L’hégémonie des pétrolières ne fera que changer de couleur politique. Les conséquences désastreuses d’une économie dépendante de l’industrie bitumineuse demeureront. Les Conservateurs seront soit premier ou deuxième, on est loin d’un grand changement…

Plus particulièrement pour le Québec, la perspective d’un gouvernement Trudeau (et de l’axe ultrafédéraliste Trudeau-Couillard) n’offre rien de très réjouissant, bien au contraire. Le Québec souffre déjà beaucoup du fédéralisme de la capitulation qu’est celui de Philippe Couillard; si l’on y combine une vision trudeauiste du Québec dans le Canada à Ottawa, le rapetissement du Québec en cours ne pourra que s’accélérer…

Rien, heureusement, n’est moins prévisible que la démocratie

Me vient en tête cette citation de Jacques Attali dans Lignes d’horizon. Car tout imparfait qu’il soit notre système démocratique, il arrive qu’il nous réserve des surprises! Des petites; comme aujourd’hui, nous ne savons pas qui formera le prochain gouvernement, il y a nombre de courses imprévisibles. Des plus grandes aussi; au Québec, notamment, alors que le Bloc Québécois pourrait bien renaître d’une mort annoncée. Les indépendantistes ont accumulé les défaites depuis trop longtemps et un score intéressant de la formation indépendantiste à Ottawa pourrait bien offrir un peu de dynamisme au mouvement.

Qui aurait prévoir la position actuelle du Bloc Québécois, le jour du vote, quelques semaines avant le déclenchement officiel de la campagne?

Certains comparent la formation indépendantiste actuelle aux bonnes années électorales du Bloc post 1995. Le Bloc Québécois 2015 a ceci de différent que suite au départ de Gilles Duceppe, il a beaucoup été investi par des militants dynamiques d’Option Nationale. Sans renier complètement la défense des intérêts du Québec à Ottawa (essentiel surtout au moment où le fédéral se croit avoir les coudées franches pour tout imposer au Québec), le Bloc Québécois 2015 est résolument indépendantiste et s’affiche comme tel.

Voilà qui sera un atout majeur quand le Québec jouera son va-tout en 2018.

Ne soyons pas dupes, le parti Libéral de Couillard, sans jamais en avoir demandé le mandat à la population québécoise, de façon tout à fait illégitime (la pire imperfection de notre système démocratique, l’absence totale de mesures d’imputabilité), conduit le Québec dans le mur de l’assimilation au tout canadien.

Personne n’avait prévu que le Bloc Québécois se trouverait en position d’envoyer une flopée de députés à Ottawa. À nous maintenant d’y voir.

Sur ce, je quitte pour mon bureau de scrutin.

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